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Un documentaire de Canal+ rend hommage à son commentateur historique du basket en France, dont la carrière a épousé la montée en puissance de la balle orange dans le pays.
Temps de Lecture 3 min.
CANAL+ – DIMANCHE 15 JANVIER À 22 H 40 – DOCUMENTAIRE
C’est une voix à nulle autre pareille. « Ohlalalalalalala ! », « Badaboum », « Il a shooté du parking ! »… Depuis bien longtemps, les onomatopées du commentateur franco-américain de Canal+ ont quitté le petit écran pour entrer dans le langage courant des amateurs de basket.
Un français mâtiné d’accent américain, et des expressions truculentes. « Si je possède bien une chose, c’est une grande bouche », dit tout sourire George Eddy, dans le documentaire que lui consacre la chaîne – dont il a fait la fortune dans la diffusion de ce sport.
Le ban et l’arrière-ban ont été convoqués pour chanter ses louanges, à l’heure où « Mister George », 66 ans, se rapproche de la retraite. « Les mots qu’il utilisait, son excitation et sa passion […] A chaque fois que tu regardais un match de basket, tu savais quand c’était George qui commentait. Sa voix était unique », rend hommage Tony Parker, meilleur joueur français de l’histoire.
Comme tous les Français férus de ballon orange à partir du milieu des années 1980, l’ancien meneur des San Antonio Spurs, en NBA, a été biberonné aux commentaires de George Eddy. « George, c’était notre référence basket », expose Evan Fournier, l’un des leaders de l’équipe de France actuelle. Même l’astronaute Thomas Pesquet a des étoiles dans les yeux quand il explique « avoir grandi en t’écoutant » au commentateur – en marge d’une rencontre du dernier Eurobasket, où George Eddy a commenté les matchs des Bleus pour la dernière fois.
Les « Vous avez bercé mon enfance », ce fils d’un père américain et d’une mère française ayant grandi en Floride avant de débarquer en France pour y mener une carrière de joueur professionnel y est accoutumé. « Mais chaque fois que je l’entends, ça me fait plaisir », souffle le passionné, dans le documentaire de Clément Repellin.
Après trente-huit ans de carrière, George Eddy n’en a pas tout à fait fini avec les commentaires de basket. Mais celui qui a reçu en octobre le Trophée Robert Busnel-Yvan Mainini, la plus haute distinction du basket tricolore, après avoir fait son entrée au sein de l’Académie du basket français – « le Hall of Fame français », dit-on à la fédération FFBB – ne commente plus les match des Bleus, ni la NBA, la Ligue nord-américaine de basket – Canal+ n’en a plus les droits de diffusion. Mais elle retransmettra en clair le match NBA Paris Game à l’Accor Arena de Paris entre les Detroit Pistons et les Chicago Bulls, le 19 janvier. Avec George Eddy en commentateur, of course…
Longtemps, en France, NBA et George Eddy ont été inséparables. Débarqué au culot chez Canal+ en janvier 1985, parce qu’il a vu que la chaîne qui vient de se lancer va diffuser le championnat américain, l’ancien shooteur – qui a notamment évolué à Caen, en première division – convainc Charles Biétry, alors patron des sports de la chaîne cryptée, de lui donner sa chance. Passionné depuis son enfance par la NBA, à la résonance alors balbutiante en France, George Eddy apporte sa gouaille et sa connaissance encyclopédique du basket.
« A l’image de Canal, ma façon de commenter était nouvelle et différente », souffle celui qui a appris son nouveau métier sur le tas. « Tout est nouveau avec George. Il apporte de la couleur à l’antenne, comme ses formidables expressions », expose dans le documentaire Eric Besnard, journaliste à Canal+.
Excentrique, celui qui devient rapidement juste « George » pour les amateurs français de basket, agrège autour de lui une communauté de noctambules (les rencontres étaient diffusées dans la nuit, heure française), alors que la NBA se développe à l’international, sur les ailes d’un certain Michael Jordan. Guide de la star des Chicago Bulls lors de ses premiers passages à Paris, George Eddy reste associé au mythique numéro 23.
« George incarnait la NBA. Il était la NBA en France, assure Eric Besnard. Je ne vais pas dire qu’il était aussi populaire que Jordan, mais pas loin. » Si aux Etats-Unis tout le monde rêvait de « be like Mike » (« être comme Michael [Jordan] »), sur les terrains de l’Hexagone, on refaisait ses actions avec la voix du commentateur de Canal+. « Faire une action commentée par George Eddy, c’est une forme de fierté et d’accomplissement quand t’es joueur, assure Nicolas Batum, le capitaine de l’équipe de France. Parce qu’on a tous grandi avec lui. »
. @georgeeddy2, créateur de souvenirs de l’équipe de France 🏀🇫🇷 “Mister George”, le dimanche 15 janvier sur… https://t.co/HXfwvhlYot
Pionnier à sa manière, le parrain « George » compte une ribambelle de filleuls, et tous les joueurs français ayant évolué un jour en NBA peuvent citer un « Quel dunk stratosphérique ! » ou un « Oh là là » les ayant marqués. Après Jordan, ce natif de l’Alabama tombé amoureux des Bleus – il est arrivé en France en 1977 – a accompagné l’éclosion de Tony Parker en NBA, jusqu’au plus haut niveau.
« C’est ma passion et ma raison d’être professionnelle depuis trente ans : faire connaître le basket américain dans un premier temps, puis promouvoir tous les baskets, et notamment l’équipe de France et la ProA [le championnat de France] », insistait George Eddy en 2015.
A l’heure où l’équipe de France assume viser le sacre olympique en 2024 à domicile, et où un Français – Victor Wembanyama, 19 ans – s’annonce comme une future star du basket mondial, le commentateur, qui continue d’arpenter les playgrounds (terrains de basket), sait que les graines qu’il a plantées dans le basket tricolore depuis près de quarante ans ont éclos.
Mister George : l’extraordinaire vie de George Eddy, de Clément Repellin (Fr., 2023, 118 min.). www.canalplus.com
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